mercredi 6 février 2008

Réflexions Personnelles :

Raphaël SEVRIN, Conseiller municipal

Lettre ouverte à celles et ceux qui se sentent concernés par la vie municipale.
 
 

                Je ne suis pas candidat à ces élections, mes 76 ans me dictent la décision de sagesse de prendre du recul. Il s’agit bien pour moi d’acter que l’âge marque une étape mais aussi de signifier très clairement que même sans briguer de nouveau mandat, je reste disponible, présent à la vie de la cité, soucieux de continuer à investir le débat public, mais en sachant laisser la place aux générations qui suivent.
Mes 2 mandats municipaux dans l’opposition, dont le dernier comme tête de liste, m’ont construit une expérience que je souhaite faire partager à tous ceux qui sont intéressés par la vie municipale. Je livre donc ci-après mes réflexions avec objectivité et rigueur, dans l’esprit de faire avancer un nécessaire débat de société.
 

• Statut de l’opposition 

L’opposition est une composante indispensable de la vie démocratique, une force nécessaire au débat citoyen pour en garantir l’objectivité, et l’enrichir de propositions. Regarder les choses avec le pouvoir dans les mains, ou l’aborder avec le recul qu’impose son absence, constituent deux approches qui doivent se nourrir pour construire la vie de la cité. Qui doivent, ou plutôt qui devraient, doit-on dire à Saint-Saulve, car cette vision de la vie municipale n’existe pratiquement pas dans notre ville. Distance courtoise, d’accord, mais chacun dans son camp, et va ainsi la vie de la cité, dans une absence de relations démocratiques authentiques. Des lieux existent, tels que les commissions, mais elles sont avant tout des lieux institutionnels obligés, ressemblant plus à des chambres d’enregistrement qu’à des outils d’une construction partagée.

Cette attitude constitue une marque d’indifférence de l’adversaire politique qui pourrait s’apparenter à  du mépris. Sauf à considérer cet adversaire comme incompétent, inapte à porter une réflexion constructive, donc quasiment inexistant, ce maintien à l’écart des décisions est une atteinte grave à la vie démocratique. Le résultat d’une élection ne marque pas, de façon définitive, la césure entre ceux qui savent et peuvent et ceux qui sont renvoyés au silence de leur défaite. Non, au delà du résultat incontestable des urnes, il y a la place pour des espaces de travail en commun. Il revient à la majorité d’avoir l’intelligence de proposer et de baliser ces espaces. Je me réfère bien à des faits réels, des modes de fonctionnement qui vivent par ailleurs, et pour m’inscrire dans cette réalité, j’évoquerais simplement l’étude que nous avions menée sur la réalisation du "cœur de ville"; elle se traduisait par un dossier construit, et signifiait une proposition dont nous avions bien conscience qu’elle ne représentait pas une solution définitive, mais que nous pensions porteuse d’idées à discuter, et qui méritait certainement mieux qu’une élimination pure et simple d’un revers de main.

Je souhaite, dans mon propos, me situer vraiment avec l’attitude d’humilité de celui qui a des vérités à dire mais qui est aussi soumis au risque de l’erreur, et qui, par le fait même de son appartenance au Conseil municipal, porte sa part de responsabilité. Mais je souhaite aussi, par un juste retour d’objectivité, que mes interlocuteurs majoritaires aient aussi ce sentiment de leurs propres limites. J’ai toujours été surpris pour ne pas dire plus par le manque de réactivité personnelle des différentes composantes de la majorité municipale. Ma conception du débat démocratique est basée sur la libre expression des individus qui, avec leurs différences et même grâce à ces différences, sont capables de promouvoir des idées et des propositions originales, quitte à sortir des sentiers battus et des conventions habituellement admises. Mais pour cela il faut, de la part de chacun, volonté d’écoute et capacité à accepter l’affrontement. Et, cette capacité implique qu’il n’y ait pas de crispation systématique des élus de la majorité dès lors qu’un élu de l’opposition formule un avis ou une réaction. L’opposition n’est pas un danger permanent mais devrait pouvoir être vécue, je l’ai déjà dit, comme une opportunité d’enrichissement réciproque.
Disposant du pouvoir, on doit, me semble-t-il, être suffisamment fort pour accepter un débat contradictoire avec sa dimension d’affrontement. Ce n’est pas le cas !
 

• Dimension démocratique de la vie municipale 

Mon propos n’est pas de dresser un bilan de l’action municipale, ce n’est pas mon rôle. Le mandat qui s’achève est marqué d’incontestables réalisations pour le service des citoyens, et je m’en réjouis. Mais il est des domaines où la définition d’une politique prospective est nécessaire, en débat avec tous les acteurs concernés, élus d’opposition, associations, et citoyens Je citerai prioritairement l’urbanisme qui apparait beaucoup plus livré à la volonté des promoteurs que régulé par un projet municipal global cohérent. Mais il y a d’autres sujets.
Aborder ce type de question soulève précisément la question du mode de participation des citoyens à la vie municipale. La démocratie participative est un thème récurrent dans bien des discours nationaux et autres, mais il faut la pratiquer. Ce n’est pas simple et demande volonté de contact et compétence pour l’engager, mais il n’est pas possible d’imaginer une vie municipale dynamique sans cette dimension. Cela passe, en particulier, par une relation avec les associations basée sur un authentique partenariat établi sur les notions de contrat et de responsabilités réciproques. Dans une ville dynamique, il faut croire à la compétence et à la volonté de participation des citoyens!
 

• Comment faire ? Des pistes, des propositions. 

Faire des propositions et les mettre en œuvre tel a été et tel est l’objectif permanent d’une opposition responsable, et nous le sommes. Des propositions ont été faites aux précédents mandats. et je ne fais ici qu’évoquer des pistes à ouvrir. 

Des relations avec les associations basées sur la réalité d’un vrai partenariat.

Des commissions extra-municipales sur les sujets sensibles, permettant aux citoyens de- participer à la vie municipale et de l’enrichir de leurs idées.

Un ”Conseil des sages “, oui, qui permettrait de rassembler des citoyens sur les critères de compétence. de disponibilité, d’engagement. bien au delà des critères d’appartenance politique.

Un ”Conseil des jeunes”, qui permettrait aux jeunes générations de présenter elles-mêmes leurs questions. leurs problèmes, leurs propositions, et de se familiariser avec la vie municipale dans le sens d’un engagement constructif. Les jeunes pourraient participer à titre personnel et aussi comme représentants d’associations.
 

Voilà un certain nombre de réflexions que je souhaitais vous livrer, et je suis bien sûr à votre disposition pour en discuter.
 


Bien cordialement
 

Raphaël SEVRIN, le 5 février 2008

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